8 tentatives. 0 survivant.
Depuis 2017, huit forks ont essayé de remplacer ou de concurrencer Bitcoin :
Bitcoin Cash, Bitcoin SV, Bitcoin Gold, Bitcoin Diamond, Bitcoin Private, SuperBitcoin, Bitcoin XT, Bitcoin Classic.
Tous portés par des développeurs sérieux ou des investisseurs influents.
Tous présentés comme « le vrai Bitcoin » amélioré. Tous tombés.
Aucun n'a dépassé durablement les 5 % de la capitalisation de Bitcoin.
Aucun n'a réussi à drainer le hashrate des mineurs.
Aucun n'est aujourd'hui considéré comme un actif crypto sérieux par les principaux exchanges occidentaux.
Et pourtant, en avril 2026, un neuvième fork est annoncé pour août : eCash, porté par Paul Sztorc. Avant de spéculer dessus ou de paniquer, il vaut la peine de regarder ce que les huit précédents nous apprennent.
Hard fork ou soft fork — la différence qui compte
Un fork, en blockchain, c'est une modification des règles du protocole. Il existe deux types :
Un soft fork est rétro compatible. Les nouvelles règles sont plus strictes que les anciennes. Les nœuds non mis à jour acceptent toujours les blocs des nœuds mis à jour. La chaîne reste unique. Exemple : SegWit en 2017 sur Bitcoin.
Un hard fork n'est pas rétro compatible. Les nouvelles règles sont incompatibles avec les anciennes. Si une partie du réseau adopte les nouvelles règles et l'autre les rejette, la chaîne se divise en deux blockchains parallèles. Exemple : Bitcoin Cash en août 2017.
Tous les forks de Bitcoin cités dans cet article sont des hard forks. Ils ont tous créé une nouvelle blockchain, distincte de Bitcoin, à partir d'un point précis dans l'historique.
Les 8 forks majeurs — fiches détaillées
Bitcoin Cash (BCH) — août 2017
Le plus connu, né de la « war on block size » : un camp (Roger Ver, Jihan Wu de Bitmain) voulait des blocs de 8 Mo, contre 1 Mo pour Bitcoin Core. Le débat a duré deux ans. Le 1er août 2017, le fork s'exécute au bloc 478 558.
Promesse : transactions plus rapides, frais plus bas, « le vrai Bitcoin de Satoshi ».
Pic de prix : ~3 800 $ en décembre 2017, soit environ 25 % de la valeur de BTC à ce moment-là. Aujourd'hui (avril 2026) : moins de 1 % de la valeur du BTC original. Trading volume marginalisé.
Pourquoi a foiré : SegWit + Lightning ont résolu le problème de scaling sur Bitcoin. La promesse « transactions moins chères » a perdu son urgence. Roger Ver et Bitmain se sont brouillés sur la suite (taille de blocs encore plus grande), entraînant un nouveau split en novembre 2018 (Bitcoin SV).
Bitcoin Gold (BTG) — octobre 2017
Promesse anti-ASIC : remplacer SHA-256 par Equihash pour permettre le minage GPU et « redonner Bitcoin au peuple ».
Pic de prix : ~470 $ en novembre 2017. Aujourd'hui : moins de 0,1 % de la valeur du BTC.
Pourquoi a foiré : double attaque 51 % en mai 2018 et janvier 2020 — réseau insuffisamment sécurisé. Aucune adoption marchande. Les ETF Bitcoin de 2024 ont définitivement enterré l'argument « Bitcoin pour le peuple ».
Bitcoin Diamond (BCD) — novembre 2017
Promesse : transactions plus rapides, anonymat amélioré, « Bitcoin pour usage quotidien ».
Pic de prix : ~94 $ en janvier 2018. Aujourd'hui : moins de 0,01 % de la valeur du BTC. Considéré par la communauté comme un projet semi-scam. Aucune équipe identifiable, peu d'audit du code.
Pourquoi a foiré : pas de cas d'usage différencié de Litecoin, Monero, ou Lightning Network. Adoption nulle.
Bitcoin SV (BSV) — novembre 2018
Le fork le plus médiatisé. Né d'un split à l'intérieur de Bitcoin Cash. Porté par Craig Wright (qui se prétendait Satoshi à l'époque) et Calvin Ayre. « SV » = Satoshi Vision. Promesse : blocs de 128 Mo (puis 4 Go), retour à la « vision originale ».
Pic de prix : ~440 $ en avril 2021. Aujourd'hui : moins de 0,5 % de la valeur du BTC.
Pourquoi a foiré : la condamnation judiciaire de Craig Wright en mars 2024, confirmant qu'il n'est pas Satoshi, a détruit l'argument central. Délistings massifs sur Binance, Kraken et ShapeShift suite à des comportements judiciaires agressifs de Wright contre des développeurs.
Bitcoin Private (BTCP) — début 2018
Fork-merge avec Zclassic, promesse de privacy via zk-SNARKs. Premium Mining incident en 2018 : la blockchain BTCP avait été pré-minée à hauteur de 2 millions de tokens cachés par les développeurs eux-mêmes.
Aujourd'hui : projet abandonné. Réseau quasi-mort. Cas d'école d'un fork conçu pour enrichir ses développeurs plutôt que ses utilisateurs.
SuperBitcoin (SBTC) — décembre 2017
Promesse : smart contracts (à la Ethereum), zk-SNARKs, et 21 millions de tokens supplémentaires distribués aux développeurs. Le tout sans audit sérieux.
Aujourd'hui : projet quasi-mort, pas de support exchange, code non maintenu. Ajouter « smart contracts à Bitcoin » sans la base architecturale d'Ethereum n'avait aucun sens technique. Personne n'a adopté.
Bitcoin XT — 2014-2015
Premier vrai client alternatif sérieux. Porté par Mike Hearn et Gavin Andresen, deux contributeurs historiques de Bitcoin Core. Promesse : blocs de 8 Mo via BIP 101 (Bitcoin Improvement Proposal). La proposition est rejetée par la communauté Core, et Bitcoin XT s'éteint progressivement.
Aujourd'hui : le projet n'a jamais réussi à forker la chaîne — il aurait fallu 75 % du hashrate, jamais atteint. Mike Hearn a publié en 2016 un essai célèbre déclarant « Bitcoin a échoué ».
Bitcoin XT n'est pas un fork au sens strict (pas de chaîne séparée), mais c'est la première tentative documentée de division de la communauté. Et le pattern qui a suivi (controverse → split tenté → échec) deviendra la norme.
Bitcoin Classic — 2016
Successeur spirituel de Bitcoin XT. Mêmes objectifs (blocs plus grands), mêmes acteurs en partie. Même résultat : pas suffisamment de hashrate pour forker, désintégration progressive en 2017 quand SegWit et l'activation de Bitcoin Cash absorbent les divergences.
Le pattern commun — pourquoi un fork ne peut pas battre Bitcoin
Au-delà des spécificités, les huit forks ont tous échoué pour les mêmes raisons fondamentales.
Effet réseau (loi de Metcalfe). La valeur d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre de nœuds. Bitcoin a quinze ans d'avance et plusieurs millions d'utilisateurs actifs. Un fork commence à zéro sur cette dimension.
Liquidité. Les market makers, les ETF, les dérivés (futures CME), les stablecoins crypto, les paires de trading sont concentrés sur Bitcoin. Un fork doit reconstruire toute cette infrastructure. C'est techniquement possible mais coûteux et long.
Capital de confiance. Bitcoin est le seul actif crypto que les fonds institutionnels, les banques centrales (El Salvador, Bhoutan), et les grandes corporations (MicroStrategy, Tesla) acceptent comme réserve de valeur. Un fork hérite zéro de ce capital de confiance.
Approbation ETF. Depuis janvier 2024, les ETF Bitcoin spot existent aux États-Unis. Ils n'existeront jamais pour BCH, BSV, ou tout autre fork — la SEC les considère comme des actifs spéculatifs, pas comme une matière première digitale.
Hashrate de minage. Bitcoin concentre plus de 95 % du hashrate SHA-256 mondial. Aucun fork ne peut sécuriser sa chaîne au même niveau. Bitcoin Gold a payé ce déficit avec deux attaques 51 % réussies en deux ans.
Un fork ne se bat pas contre Bitcoin. Il se bat contre quinze ans d'effet réseau, de liquidité et de confiance accumulés.
eCash : un 9e fork condamné ?
Tous les indicateurs disponibles sur le projet eCash suggèrent qu'il suivra le destin des huit précédents.
Aucun grand exchange occidental n'a publié de soutien à ce jour. Aucun mineur de premier plan n'a basculé son hashrate. Le concept central du projet — réassigner les coins dormants de Satoshi Nakamoto — viole le principe d'inviolabilité de la blockchain Bitcoin, qui est précisément ce qui fait la valeur de Bitcoin pour la majorité de ses détenteurs.
Le seul argument technique vaguement défendable (Drivechain, sidechains liées à Bitcoin) peut être implémenté sans hard fork, ou via un soft fork. Forker la chaîne pour ça n'a aucun sens économique.
Le scénario probable : eCash s'exécute en août 2026, atteint un pic spéculatif de quelques jours porté par les influenceurs et les arbitrageurs, puis décroche progressivement. Dans douze mois, il vaudra moins de 5 % de la valeur du BTC. Dans trente-six mois, moins de 1 %. C'est ce que dit l'historique.
Framework pour évaluer un futur fork (5 critères)
Avant de t'exciter sur le prochain fork annoncé, applique cette grille:
Soutien des exchanges. Combien de top 10 exchanges (Binance, Coinbase, Kraken, Bybit, OKX) supportent le fork dans les semaines précédant la date ? En dessous de trois, le fork est mort-né.
Hashrate de minage. Quel pourcentage du hashrate Bitcoin a publiquement annoncé bascule ? En dessous de 10 %, la chaîne du fork sera vulnérable aux attaques 51 %.
Soutien développeurs Core. Combien de contributeurs majeurs de Bitcoin Core soutiennent le fork ? Si la liste est vide ou ne contient que des figures marginales, le projet manque de crédibilité technique.
Cas d'usage différencié. Le fork apporte-t-il une fonctionnalité que Bitcoin ne pourra jamais implémenter, même par soft fork ? Si la réponse est non, le fork n'est pas justifié techniquement.
Promesse réaliste. Le projet prétend-il être « le vrai Bitcoin » ou « Bitcoin amélioré » ? Si oui, méfie-toi : c'est l'argument exact des huit précédents échecs.
eCash, sur ces cinq critères, échoue à au moins quatre. Tu peux faire la projection sur le prochain.
À retenir
Huit forks Bitcoin majeurs depuis 2014 — aucun n'a survécu durablement
Bitcoin Cash, le plus connu, vaut moins de 1 % du BTC original aujourd'hui
Effet réseau, liquidité, ETF et capital de confiance protègent Bitcoin
Aucun fork n'a jamais réussi à imposer une réécriture de la chaîne d'origine
eCash en août 2026 suivra très probablement le même destin
Framework à 5 critères pour évaluer rationnellement un futur fork
Questions fréquentes
Un fork peut-il vraiment voler mes BTC ?
Non. Aucun hard fork n'altère la chaîne d'origine. Tes BTC restent intacts sur la blockchain Bitcoin. Ce qui peut arriver, c'est qu'un fork crée une nouvelle blockchain parallèle où des coins sont « réassignés » — mais cette chaîne est, par définition, séparée de Bitcoin. Ton wallet sur Bitcoin garde ses BTC.
Pourquoi Bitcoin Cash a-t-il survécu plus longtemps que les autres forks ?
Parce qu'il avait deux atouts initiaux uniques : un soutien massif d'un mineur dominant (Bitmain) et une figure médiatique active (Roger Ver). Ces deux atouts ont permis de maintenir une apparence de légitimité pendant trois à quatre ans. Mais l'érosion structurelle a fini par jouer.
Vaut-il mieux acheter un fork tôt ou attendre ?
Statistiquement, les forks ont un pic de prix dans les 1 à 3 mois suivant leur lancement, puis déclinent durablement. Acheter « tôt » n'apporte pas plus d'upside qu'attendre, et ajoute le risque de bugs de protocole non encore corrigés. Le meilleur conseil reste : ne pas acheter de fork sauf à comprendre précisément le risque pris.
eCash peut-il être l'exception ?
Théoriquement oui. Mais aucun élément concret du projet en avril 2026 ne suggère qu'il a les ressources, le soutien ou la légitimité nécessaires pour échapper au destin des huit précédents. Parier dessus, c'est parier contre quinze ans d'historique vérifiable.
Pour aller plus loin : lis le guide complet pour traverser le fork eCash sans rien perdre et l'enquête sur l'identité de Satoshi Nakamoto, dont les coins sont précisément la cible d'eCash.
